
Après plusieurs années d’absence sur scène, Jean-François Mercier revient avec son quatrième one-man-show, Avis d’ébullition. Fidèle à lui-même, l’humoriste n’a pas l’intention de faire dans la dentelle, mais il avoue avoir ajusté sa façon de livrer ses propos à une époque où la sensibilité du public a beaucoup changé.
Un humoriste en quête d’authenticité
À 58 ans, Mercier assume plus que jamais l’étiquette d’humoriste cru, frontal, mais avec toujours un fond de réflexion. En entrevue avec le Magazine Le Juliette, l’humoriste décrit son spectacle comme le portrait d’un homme qui tente de naviguer dans une société qui change rapidement, parfois plus vite que lui. « On m’a montré beaucoup de choses qui ne sont plus valables aujourd’hui. Alors je me débrouille du mieux que je peux, avec le bagage que j’ai, mais j’ai beaucoup de difficultés… au plus grand plaisir du public! », explique-t-il.
S’adapter sans se trahir
Brasser la cage fait partie de la mission que s’est donnée Jean-François Mercier. Selon l’humoriste, nous vivons dans une société où l’algorithme a un pouvoir sur notre esprit critique « Nos idées et nos valeurs ne sont plus confrontées. De nos jours, une salle de spectacle est l’un des rares endroits où tu peux entendre une blague qui peut t’offusquer. Je me fais souvent l'avocat du diable. Je défends des positions qui sont indéfendables, ce qui fait douter les spectateurs, mais je pense que l'intelligence de mes propos l’amène à réaliser qu’il tient peut-être les choses pour acquises et il se remet en question. »
Mercier a bâti sa réputation sur un humour sans filtre. Pourtant, il reconnaît que la ligne à ne pas franchir s’est rapprochée avec le temps. « Les sensibilités ont changé. Avant, les gens avaient plus d’humour. Aujourd’hui, la limite est plus près. » Et malgré un contexte social plus frileux, il affirme ne pas s’être dénaturé : « J’ai juste enlevé des provocations inutiles. Mais ça n’a rien changé au propos ni au gag. Je n’ai pas l’impression de me prostituer ou de me censurer. J’ai seulement adapté mon approche », précise-t-il.
L’évolution d’un vétéran
Après près de 30 ans de carrière, l’humoriste a aussi évolué dans ses intentions. S’il cherchait autrefois à révolutionner l’humour, aujourd’hui, il vise davantage la simplicité. « Avant, je voulais diviser, pousser des
réflexions en les déguisant pour que ça ait l’air stupide, pensant que les gens comprendraient toutes les couches. Maintenant, je veux juste que le monde passe une belle soirée. Je m’en sacre d’avoir raison », dit-il avec désinvolture. « Si tu pognes le message, tant mieux. Sinon, si tu as ri, je suis tout aussi content », résume-t-il.
Un spectacle écrit comme un bloc
Jean-François Mercier nous raconte que tous ses spectacles ont été bâtis de différentes façons, mais il y a une chose qui ne change pas : son complice de toujours, François Avard, qui a joué un rôle clé dans ce processus exigeant. Contrairement à ses spectacles précédents composés de numéros, Avis d’ébullition a été écrit « d’une traite », comme un seul grand texte, ce qui rend les modifications beaucoup plus complexes. « C’est un spectacle d’une heure quarante-cinq écrit en bloc. C’est comme un paquebot, ça ne tourne pas vite. Chaque gag est à sa place, si tu changes un bout, tout le reste se défait », explique Mercier à quelques semaines de sa première médiatique. Avec Avis d’ébullition, Jean-François Mercier prouve qu’il n’a rien perdu de sa pertinence ni de son toncorrosif. Entre rires francs, un brin d’émotions et des réflexions qui dérangent, il invite le public à sortir de sa zone de confort et embrasser une autre ligne de pensées en venant voir son quatrième one-man-show cet hiver à Saint-Hyacinthe.
Jean-François Mercier sera de passage au Centre des arts Juliette-Lassonde de Saint-Hyacinthe le mercredi 17 décembre 2025.
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